N°227 Mars Avril 2021

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20 pres de chez vousLe petit pont du Rusquet retrouve son charme d’antan

Le sentier qui serpente dans les bois du quartier du Rusquet rejoint la vallée du Stanco d’un côté et part vers la mer de l’autre. « C’est là que passait l’ancienne voie ferrée qui reliait Lannion à Perros-Guirec. Aujourd’hui, on y va à pied, en promenade ! », témoigne Antonio de Castro, qui venait pêcher et chasser dans ce secteur, il y a 50 ans. « Aujourd’hui tout a disparu, mais il reste ce petit pont quand même ! » Un petit pont qui enjambe un chemin creux, permettant au train autrefois et aux randonneurs aujourd’hui de le franchir sans difficulté. Et c’est Richard de Castro, le fils d'Antonio, maçon à la Ville de Lannion, qui poursuit : « Il ne restait que la base des piliers avec une rambarde en bois et du grillage. On nous a demandé de rejointoyer les piliers, mais quand on a vu l’ouvrage, nous avons souhaité le restaurer comme autrefois. » Avec son collègue Yann-Yves Guévelou, ils ont fait des recherches et ont lancé le chantier en septembre : « On a découvert sur les restes de béton l’empreinte des briques, qui à l’époque étaient gravées du symbole des constructeurs, ce qui voulait dire qu’il y avait des arches », explique Yann-Yves Guévelou. Ils n’ont pas retrouvé de photos de l’ouvrage d’origine, mais se sont inspirés des réalisations de Louis Harel de la Noë, ingénieur en chef des Ponts et Chaussées qui a dirigé la construction de la ligne ferroviaire juste avant 1900, et qui a construit plusieurs ouvrages dans le département, dont, très certainement, le pont du Rusquet.
« D’ailleurs, il existait un autre pont semblable à celui-ci du côté d’Ar Santé, sans doute réalisé par le même architecte », se souvient Antonio de Castro.

21 pres de chez vousAprès un mois de chantier, le pont est restauré et a fière allure avec ses arches de brique rouge et de ciment. « C’était un travail intéressant, on n’a plus l’habitude d’utiliser la brique rouge aujourd’hui, et il a fallu mettre en oeuvre des techniques de coffrage et ferraillage particulières », disent les deux maçons adeptes de la restauration de bâtiments ou d’ouvrages anciens. D’autant plus que c’était un chantier agréable, avec beaucoup de passants en balade ou en vélo : « Les anciens s’arrêtaient, nous racontaient ce qu’ils connaissaient du pont autrefois, ils étaient heureux de voir qu’on prend soin aussi de ce petit patrimoine... » Et ce n’est pas Antonio de Castro ni ses amis randonneurs qui diront le contraire !

Le chantier mène à de jolies surprises : les maçons avaient besoin d’eau pour le ciment, ils sont descendus dans le chemin creux et ont découvert, en contrebas du pont, un abreuvoir en granit et une petite fontaine en brique, envahie par la végétation ! Sur la première arche du pont était apposé un Niveau Général : « C’est une plaque de métal qui indique un repère d’altitude : ici, on est à 68,02 m au-dessus du
niveau de la mer », explique Richard de Castro. La pièce a été restaurée et reposée à l’identique. D’autres sont réparties dans la ville.